Les renseignements dans cette page sont tirés du site officiel du secrariat général du gouvernement du Maroc 

Ces renseignement sont valable au date du 8 mars 2016

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ilyas

Tout d’abord, je vous félicite pour le prix que vous avez gagné dans le concours international Hostels for Hope dont l’objectif est de concevoir un centre d’hébergement pour les femmes tanzaniennes qui manquent de fond pour se payer un hébergement à Dar-es-Salem ou Mwanza pendant leurs séjours à l’hôpital pour traiter contre le cancer. Malheureusement, ce manque de ressources financières oblige plusieurs de ces femmes de rester mourir à la maison. C’est dit cru, mais c’est la réalité. 

Je pense que les architectes aujourd’hui oublient qu’ils ont un rôle de nature humaine à penser l’abri et à réfléchir le confort des utilisateurs à moindre cout avec des matériaux locaux et des techniques optimales. À mon avis, ce concours remet l’architecte à sa case départ et lui montre sa réelle obligation face au citoyen. 


Autant qu’étudiant qui apprend encore ces principes, qu’avez-vous à dire par rapport à ce point ?

Tout d’abord je vous remercie vous ainsi que votre équipe de l’intérêt que vous portez à la distinction que m’a été apportée lors de ce concours.

Rendre la vie des gens meilleure est pour moi l’un des principes de base de l’architecture. En effet, le rôle d’un architecte n’est pas seulement de satisfaire le besoin de se loger d’une tierce personne, mais va au-delà de cela. Un architecte a la responsabilité de modeler le cadre de vie adapté à tout un chacun, en prenant en compte ses préférences pour lui permettre d’avoir un lieu où il se sentira à l’abri et qu’il pourra s’approprier.

Le bien-être d’un individu vient tout d’abord de son espace de vie, et si cet espace n’est pas adapté à ses besoins et si l’individu n’est pas épanoui, alors l’architecte ne lui aura fourni qu’un tas de béton quelconque.

Il est donc, pour moi, non seulement primordial, mais vital, de construire des lieux de vie adaptés aux besoins de tout un chacun. Il ne faut pas voir les espaces publics, les bâtiments et les autres constructions comme de la matière brute, mais il faut étudier leur impact tacite sur la psychologie des gens.


En ce qui concerne le prix, parlez-moi de votre sentiment lorsque vous avez vu votre nom troisième parmi tous les participants dans la catégorie étudiante ? 

Je peux même vous raconter l’histoire, j’étais ce jour-là dans la forêt noire (Schwarzwald) près de Freiburg en Allemagne, je cherchais du réseau pour partager des photos de la forêt, quand soudain je reçois le courriel qui m’annonce mon obtention du troisième prix dans le circuit étudiant, en sursaut de joie, j’ai plongé dans la neige, étant très fier, ce qui va m’encourager certainement à aller plus vers l’avant Inchaallah. Je vois que ce prix est plus le fruit de beaucoup de travail plutôt que des ambitions. Me fixer des objectifs et tout faire pour les atteindre m'encourage à travailler et à me former pour aller de l'avant. Car après tout en tant que marocain mon but ultime est de participer l’essor de mon pays au niveau international.


C’est vraiment triste de voir que quelque part dans le monde des femmes doivent quitter temporairement leurs familles pour camper devant un hôpital dans le but de se faire soigner « la méchante maladie». Quelles étaient vos motivations pour la participation à ce concours ?

Il m’est arrivé plusieurs fois pendant des voyages et des randonnées en famille de voir de près les conditions dans lesquelles vivent les gens, surtout aux milieux défavorisés à la montagne, aux vallées ou dans le désert, l’impuissance était très visible sur leurs visages et si on ajoute la nécessité de se déplacer dans des conditions inconnues pendant une période de temps assez large pour se soigner, ces images m’ont beaucoup marqué vu que j’y étais confronté depuis un jeune âge, c’est pour cela que j’ai une grande admiration et estime pour l’organisation des médecins sans frontières. Et c'est ainsi que je me suis retrouvé à vouloir faire de notre monde un endroit meilleur.


Quelles sont vos lignes directrices dans ce projet, quel est votre concept et comment vous l’avez traduit en projet architectural?

Mon projet qui était de concevoir des chambres de binômes, pour un total de cinquante femmes environ

La première directive était le choix des matériaux, les peuples de l’Afrique de l’Est sont connus pour l’usage de la terre en tant que matériau principal, et ce pour sa disponibilité et la facilité relative de son usage, j’ai par ailleurs ajouté une touche de modernité en optant pour la technique du bloc de terre comprimée à la place de la terre façonnée.

Mon idée maitresse était la double orientation, je voulais profiter de la proximité du site du lac de Victoria pour orienter mes chambres dans cette direction, surtout que le lac est situé au Nord et qui est par ailleurs l’orientation bioclimatique des pays de  l’hémisphère sud du globe dont la Tanzanie, l’autre orientation était vers l’intérieur, je voulais créer des jardins de plaisance pour essayer de soutenir les patientes moralement en leur offrant un climat de bien-être, pour essayer de leurs faire oublier, ne ce serait-ce qu’un moment le douloureux traitement.

Les arcades servent aussi d’espace de rencontre, mais aussi de relier les chambres, doublement orientée elles aussi, j’ai relié ensuite les chambres avec un tunnel végétal pour maximiser l’ombrage et protéger les allées, les chambres sont distribuées sur des arcs de cercle, une forme qui selon moi, répond à mon idée maitresse, et qui assure cette double orientation et cette doublure intérieure/extérieur, pour ce qui est des chambres, bien sûr construites en terre, j’ai opté pour des toits détachés pour améliorer l’aération et profiter du vent frais provenant du lac, et comme touche finale, j’ai mis en place un espace d’expression plastique qui permettra aux femmes de s’approprier leurs chambres en les peignant avec des pigments naturels, surtout que la peinture sur bâtiment est une pratique connue dans cette région du monde, j’ai pensé à garder cette pratique, ceci pour la partie privée, la deuxième partie est celle publique avec des espaces de vie, où les femmes peuvent exercer leurs activités manuelles, une cuisine et des espaces sanitaires et douches.


Comment décrivez-vous la philosophie de l’école d’architecture de Marrakech et comment cette perspective vous a orienté dans la conception de ce projet? 

L’École Nationale d’Architecture de Marrakech, étant une école jeune, se cherche une identité, sa vocation vers les constructions durables et l’économie des ressources était déterminante pour préciser plusieurs lignes directrices de mon projet. Premièrement, le choix des matériaux : il faut chercher celui adéquat pour chaque situation, car il n’existe pas de solution miracle, cette réflexion doit s’imposer avant d’entamer la phase de conception. Deuxièmement, mon concept qui est la double orientation était tiré d’une série de séminaires réalisée à l’ENAM et encadrée par Monsieur Bruno Queysanne, et qui portait sur les principes premiers de l’architecture, et ce principe m’a captivé durant son analyse du bâtiment “Salt Lake Institute” de Louis Kahn.


Au Maroc, des familles de plusieurs régions isolées souffrent du manque des services de santé et sont obligées de voyager pour recevoir les soins nécessaires. Pensez-vous que les architectes marocains ont une conscience assez « humaine » pour créer des concours au niveau national pour venir en aide à ces citoyens ? 

Je pense que c’est à l’état et au secteur privé (société, association) d’organiser des compétitions, et les architectes et étudiants architectes répondront présents, pour la conscience humaine, je pense que c’est une question de motivation, le fait d’organiser des concours de bonne forme et qui soient ouverts aux étudiants, stimuleront leur créativité et les pousseront plus à chercher dans le sens voulu par le concours, je pense que cette capacité d’orientation dont bénéfice ce dernier, doit être utilisée pour orienter cette fibre de recherche et d’expérimentation présente chez les architectes et les étudiants architectes et par conséquent faire profiter tous les citoyens.


Un dernier mot 

L’architecture a changé ma vie, la discipline que tu apprends à l’école finit par envahir tous les aspects de vie, ce n’est pas seulement des techniques de construction que tu appliques sur site, ni même un mélange d’art et de science qui ne cesse de te fasciner, c’est l’outil avec lequel nous pouvons changer le monde, améliorer la qualité de vie des citoyens du monde.


Affiche du concours de Ilyass MOUSANNIF

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Informations sur le concours